« J’avais honte d’écrire devant mes élèves », témoignage d’un professeur des écoles.

Emmanuel est un jeune professeur des écoles qui souffrait de douleurs en écrivant et qui n’osait pas écrire devant ses élèves tant il jugeait son écriture « laide ». Retour sur une rééducation de deux moi et demi menée tambour battant.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à entreprendre une rééducation de l’écriture?

Quand j’écrivais, j’avais très mal à la main, au poignet et au bras. J’écrivais très lentement et très mal. Quand je voulais bien écrire, c’était très lent et quand j’écrivais plus vite ça devenait illisible pour moi et les autres.

Depuis quand aviez-vous ces problèmes d’écriture?

Depuis toujours. A l’école, chez les bonnes sœurs, on me tapait sur les doigts car je ne tenais pas bien mon porte-plume (et oui, j’ai appris à écrire avec ça!). Aujourd’hui, j’aimerais bien leur dire ce que j’en pense de cette façon de faire… Toute ma scolarité, sur mes cahiers d’écolier on m’écrivait « travail cochon, brouillon ».

Est-ce que votre écriture vous a gêné pour la poursuite de vos études?

Oui car je n’étais pas capable de prendre les cours en entier et de façon lisible à la fac. J’étais sans cesse obligé de demander à mes camarades leurs cours.

Comment jugiez-vous votre écriture avant de venir me voir?

Monstrueuse, laide, pas des qualificatifs très heureux tout ça! Au point que je faisais tout pour éviter d’écrire des commentaires dans les cahiers de mes élèves. J’avais honte de mon écriture, honte d’écrire mal alors que j’étais censé être un modèle pour eux. Pour écrire bien, il me fallait beaucoup de temps et d’énergie. Vous imaginez, avec 25 cahiers à corriger chaque jour…Ça me causait beaucoup de stress à chaque fois et je contournais le problème en ne laissant que des commentaires a minima.

Parlez-moi de la rééducation.

Au départ, j’étais tellement motivé que je n’ai pas réfléchi, il fallait que je fasse tout l’entraînement que vous me proposiez sans conteste. Dans la mesure du possible, j’ai essayé d’être assidu et de me tenir à la régularité que vous exigiez. Et puis à l’école, je me suis dit que je devais me lancer et oser écrire de plus en plus. Et plus j’osais, mieux ça allait. J’ai peu à peu osé écrire des commentaires dans les cahiers des élèves et la semaine dernière, j’ai corrigé et commenté leurs évaluations sans souci. J’étais content de moi, un peu moins de leurs résultats…

Avez-vous changé de regard sur ceux de vos élèves qui écrivent mal?

Au départ, m’estimant être une catastrophe en matière d’écriture, je ne pouvais pas être trop exigeant avec eux sur ce point! Mais réapprendre à écrire m’a permis de relativiser beaucoup de choses car je me suis retrouvé dans la posture de l’élève. Aujourd’hui, j’essaie de faire plus de commentaires positifs qu’avant, j’ai compris des choses et j’ai pris de la distance par rapport au jugement qu’on peut avoir sur un élève qui écrit mal. Et puis, j’ai remarqué que la moitié de la classe ne tenait pas son stylo correctement alors j’essaie de reprendre ça avec eux. Désormais je me sens capable d’expliquer comment on doit faire. Quand j’ai eu mon concours de professeur des écoles, j’angoissais à l’idée d’avoir des CP ou des CE1 car je me sentais incapable de leur apprendre à écrire n’étant moi-même pas un modèle. Désormais, j’angoisserais pour beaucoup d’autres choses mais pas pour l’écriture (rires), je saurais comment faire et j’en suis très soulagé.

 

 

L’adulte et l’écriture

S’il n’y a pas d’âge pour réapprendre à écrire, il n’y a pas d’âge non plus pour souffrir en écrivant! Souffrance psychologique quand la gêne reste taboue et très mal vécue; souffrance physique, quand les douleurs remontent des doigts jusqu’au cou.

L’adulte touché par les troubles de l’écriture n’est pas rare. Je reçois parfois des appels de mères qui souhaitent prendre rendez-vous pour leur enfant, un grand enfant, pas loin de la trentaine: « il a honte d’écrire devant les gens, ça l’a toujours gêné et maintenant qu’il est adulte ça devient un vrai problème dans sa vie professionnelle ». Comment écrire sans gêne devant les autres quand son écriture est enfantine, tremblotante? Comment parvenir à rendre des copies lisibles quand on ne parvient plus à se relire soi-même? Comment préparer une reconversion professionnelle quand il faut écrire vite et beaucoup et qu’on en a perdu l’habitude?

Dans ces adultes en souffrance avec l’écriture, il y a ceux qui le sont depuis longtemps; à l’école déjà, les professeurs leur faisaient des remarques sur le soin, leur lenteur de copie, leurs tracés malhabiles; plus tard, au collège, au lycée, ces mêmes professeurs leur ont fait comprendre qu’ils seraient plus à l’aise derrière une machine, peu importe laquelle, que devant une feuille. Et petit à petit, l’oiseau de la confiance en soi s’est envolé. Leur a-t-on seulement bien appris à écrire?…

Quand on sait que l’aspect psychologique joue un très grand rôle dans le geste d’écriture, on imagine les dégâts causés par tant d’années de mise en échec face à l’écrit!

Parmi ces adultes qui souffrent en écrivant, il y a également ceux qui développent une crampe de l’écrivain. Ils écrivaient sans trop de mal et puis un jour… Ce type de dystonie survient en général sans prévenir chez ceux qui écrivent beaucoup et ceux qui ont beaucoup écrit (étudiants, professeurs, médecins, comptables…). Ses origines sont encore mal cernées mais les conséquences sur la vie d’adulte sont particulièrement invalidantes au quotidien: impossibilité d’écrire sans douleur, de façon lisible, difficultés à contrôler son stylo au cours de l’écriture, comme si la main, les doigts ne répondaient plus aux ordres du cerveau. L’écriture se dégrade sous l’effet de contractions musculaires involontaires qui surviennent à l’occasion du mouvement volontaire d’écrire.

Dans tous les cas, défaut d’apprentissage, dysgraphie, dystonie, la rééducation peut apporter une amélioration de l’écriture. Motivé, l’adulte applique une auto-rééducation quotidienne grâce aux conseils du rééducateur. Il restaure son geste et reprend peu à peu confiance en son écriture et en lui.

Sur ce sujet, témoignage d’Emmanuel: « J’avais honte d’écrire devant mes élèves », témoignage d’un professeur des écoles.

 

 

La crampe de l’écrivain

Crampe de l’écrivain, une pathologie invalidante au quotidien

Quezaco ?

La crampe de l’écrivain est une forme de dystonie de fonction qui touche les muscles du poignet et des doigts.

Quels symptômes ?

Alors que la personne écrivait jusqu’alors sans problème, surviennent tout à coup des difficultés à contrôler le crayon ainsi que des douleurs (poignet, coude, épaule, cou). Cette pathologie perturbe  grandement l’écriture  et a des conséquences psychologiques importantes sur la personne pour qui le geste d’écriture devient une réelle épreuve physique. L’écriture est maladroite, douloureuse et la trace écrite est peu lisible voire illisible.

Qui en souffre ?

L’âge semble être un facteur important.

  • Les jeunes élèves:  une sensibilité génétique pourrait alors être en cause.
  • Les étudiants et les retraités: ce pourrait être la conséquence d’une sur-utilisation de l’écriture chez des personnes ayant développé des mauvaises habitudes gestuelles.

Il y aurait un lien entre la crampe de l’écrivain et la quantité d’écriture. Parmi les professions les plus touchées on rencontre les enseignants, les médecins et les comptables.

Dans certains cas (15 à 20 %), un traumatisme corporel ou psycho­logique peut être à l’origine de la dystonie.

Comment la diagnostiquer ?

Les neurologues sont les mieux placés pour dépister une crampe de l’écrivain.

Comment la soulager ?

On ne guérit pas d’une crampe de l’écrivain; des rémissions spontanées dans les premières années ne sont pas rares ainsi que les rechutes par la suite.

  • Les traitements médicamenteux: il n’existe aucun remède spécifique à la dystonie mais certains médicaments des classes thérapeutiques suivantes peuvent agir sur les symptômes comme les benzodiazépines, les myorelaxants, les antidouleurs et les antiépileptiques. La réponse aux médicaments varie d’une personne à l’autre,
  • Les injections de toxine botulique: la toxine botulique est une neurotoxine qui bloque l’influx nerveux entre le nerf et le muscle, entraînant ainsi une diminution de la force musculaire. On pratique ces injections à intervalles réguliers, dans le muscle atteint qui travaille trop. La toxine le paralyse temporairement (pendant environ 3 mois). Le produit agit efficacement sur la conséquence de la maladie mais pas sur sa cause. Ces injections sont pratiquées par un spécialiste (neurologue, ophtalmologue, ORL), dans des centres spécialisés. Il existe plus d’une centaine de centres dans toute la France, avec comme centre de référence l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.
  • La kinésithérapie: elle vient compléter les injections de toxine botulique. Ce travail avec le kinésithérapeute s’inscrit dans la durée et des exercices d’auto-rééducation sont à faire à la maison.La personne doit effectuer des exercices quotidiennement au risque de voir les progrès s’effacer rapidement (les muscles correcteurs doivent être mobilisés tous les jours). La relaxation et la sophrologie viennent compléter cette rééducation très spécifique*.

 

Et la rééducation de l’écriture? 

Sans se substituer aux autres aides spécifiques précédemment vues, la rééducation de l’écriture peut apporter un soulagement aux personnes atteintes de crampe de l’écrivain.

Basée sur des exercices destinés à contrôler le geste, à délier les doigts, à dissocier les muscles en jeu dans l’acte d’écrire, elle est capable de rendre l’écriture plus lisible et moins douloureuse. La personne doit également effectuer des exercices au quotidien, tout comme pour la kinésithérapie**.

*Lors de ma formation de rééducatrice de l’écriture, j’ai eu la chance d’assister à une intervention de Mr Bleton, kinésithérapeute spécialiste de la crampe de l’écrivain. Il reçoit à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière, Fondation ophtalmo Rothschild, unité James Parkinson.

**Rééducation de l’écriture: la méthode