L’adulte et l’écriture

S’il n’y a pas d’âge pour réapprendre à écrire, il n’y a pas d’âge non plus pour souffrir en écrivant! Souffrance psychologique quand la gêne reste taboue et très mal vécue; souffrance physique, quand les douleurs remontent des doigts jusqu’au cou.

L’adulte touché par les troubles de l’écriture n’est pas rare. Je reçois parfois des appels de mères qui souhaitent prendre rendez-vous pour leur enfant, un grand enfant, pas loin de la trentaine: « il a honte d’écrire devant les gens, ça l’a toujours gêné et maintenant qu’il est adulte ça devient un vrai problème dans sa vie professionnelle ». Comment écrire sans gêne devant les autres quand son écriture est enfantine, tremblotante? Comment parvenir à rendre des copies lisibles quand on ne parvient plus à se relire soi-même? Comment préparer une reconversion professionnelle quand il faut écrire vite et beaucoup et qu’on en a perdu l’habitude?

Dans ces adultes en souffrance avec l’écriture, il y a ceux qui le sont depuis longtemps; à l’école déjà, les professeurs leur faisaient des remarques sur le soin, leur lenteur de copie, leurs tracés malhabiles; plus tard, au collège, au lycée, ces mêmes professeurs leur ont fait comprendre qu’ils seraient plus à l’aise derrière une machine, peu importe laquelle, que devant une feuille. Et petit à petit, l’oiseau de la confiance en soi s’est envolé. Leur a-t-on seulement bien appris à écrire?…

Quand on sait que l’aspect psychologique joue un très grand rôle dans le geste d’écriture, on imagine les dégâts causés par tant d’années de mise en échec face à l’écrit!

Parmi ces adultes qui souffrent en écrivant, il y a également ceux qui développent une crampe de l’écrivain. Ils écrivaient sans trop de mal et puis un jour… Ce type de dystonie survient en général sans prévenir chez ceux qui écrivent beaucoup et ceux qui ont beaucoup écrit (étudiants, professeurs, médecins, comptables…). Ses origines sont encore mal cernées mais les conséquences sur la vie d’adulte sont particulièrement invalidantes au quotidien: impossibilité d’écrire sans douleur, de façon lisible, difficultés à contrôler son stylo au cours de l’écriture, comme si la main, les doigts ne répondaient plus aux ordres du cerveau. L’écriture se dégrade sous l’effet de contractions musculaires involontaires qui surviennent à l’occasion du mouvement volontaire d’écrire.

Dans tous les cas, défaut d’apprentissage, dysgraphie, dystonie, la rééducation peut apporter une amélioration de l’écriture. Motivé, l’adulte applique une auto-rééducation quotidienne grâce aux conseils du rééducateur. Il restaure son geste et reprend peu à peu confiance en son écriture et en lui.

Sur ce sujet, témoignage d’Emmanuel: « J’avais honte d’écrire devant mes élèves », témoignage d’un professeur des écoles.

 

 

L’écriture chez les ados

A l’heure du tout numérique, il semble bien illusoire d’expliquer à un adolescent qu’il doit soigner son écriture alors qu’il passe plus de temps à pianoter sur son téléphone portable ou son  ordinateur qu’avec un stylo à la main! Pourtant, au collège, au lycée et plus tard pour poursuivre des études supérieures, l’écriture manuscrite reste un outil indispensable.

écriture ado
Prise de note d’un élève de 4ème qui ne parvient plus à se relire.

Une écriture qui devient parfois illisible au collège:

« Je ne comprends pas, il n’écrivait pas si mal en primaire… », réflexion d’un parent de collégien. Beaucoup de professeurs de collège se plaignent de l’écriture de leurs élèves qu’ils n’arrivent plus à déchiffrer. L’élève lui-même peut être incapable de relire ses cours ce qui devient vite un réel handicap. Alors pourquoi tant d’élèves en difficulté avec l’écriture au collège? Je vois à cela 3 raisons principales : la nécessité d’écrire plus vite, la masse à écrire beaucoup plus importante qu’en primaire et la personnalisation de l’écriture. Cette dernière, en lien avec l’adolescence et le besoin de s’affirmer, voit bien souvent des écritures se transformer en un mélange de scriptes et de cursives, de lettres tronquées et autres fioritures inutiles(article en lien).

A mon sens, les élèves de cm2 ne sont pas assez préparés à franchir ce cap. A l’école, il est pourtant encore possible de le faire :

  • reprendre le « 1,2,3 partez » (tenue de crayon, posture, inclinaison du cahier), des gestes simples qui peuvent vraiment aider les élèves à mieux écrire.

    125 partez
    1,2,3 partez! pour les gauchers.
  • inciter les élèves à écrire en cursives et veiller à ne pas les laisser glisser vers la scripte
  • travailler les stratégies de copie (à lire sur le sujet )
  • proposer à ceux qui ont déjà une écriture difficile un accompagnement personnalisé pendant les APC (quelques conseils ici).
  • informer les parents sur les enjeux liés à l’écriture pour la scolarité future de leur enfant et des solutions qui existent pour les aider (la rééducation de l’écriture en fait partie 🙂 )

Les enjeux de l’écriture dans le secondaire:

Comme je viens de l’expliquer, il est courant de voir des élèves se mettre à écrire mal au collège, le trouble s’accentuant inexorablement à chaque montée de classe, souvent accompagné de douleurs musculaires. Les professeurs pestent contre ces écritures « hiéroglyphiques », les sanctionnent en ôtant des points et parfois même refusent de corriger les copies. En 3ème et en Terminale, l’enjeu de l’examen final accentue la pression sur l’élève et son écriture. Prise de note et copies illisibles, mauvaise estime de soi, mauvais regard des professeurs sur soi, perte de motivation, l’étudiant peut vite sombrer dans un engrenage dont il est difficile de sortir à quelques semaines des examens.

En matière d’écriture, pas de fatalité:

Je voudrais dire aux parents mais aussi aux professeurs qu’il existe des solutions pour aider ces élèves!  Il n’y a pas d’âge pour réapprendre à écrire lisiblement et ce type de rééducation donne d’excellents résultats en peu de temps chez les adolescents motivés (par leurs parents et professeurs…). Gagner en vitesse et en lisibilité, en travaillant la posture et l’enchaînement des lettres, connaître les abréviations pour faciliter la prise de notes, autant d’aspects qui sont abordés en séance de rééducation et qui donnent des résultats rapides.

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J’interviens en collège et lycée auprès d’élèves en difficulté avec l’acte d’écrire (douleurs, illisibilité). Le but étant de les faire progresser suffisamment pour qu’en quelques semaines l’écriture ne soit plus un frein à leur scolarité.